La question qu'on me pose le plus souvent quand j'accompagne quelqu'un dans la création de son activité, ce n'est pas « comment je m'inscris ? ». C'est : « et je paie combien, concrètement ? »
Parce qu'on peut créer une entreprise individuelle en vingt minutes sur le guichet unique, sans capital, sans statuts, sans avocat. La vraie difficulté arrive après : choisir le régime fiscal qui vous laisse le plus d'argent dans la poche. Et là, la plupart des gens foncent tête baissée vers le régime micro parce que c'est celui qu'on leur a vendu comme « le plus simple ». Sauf que « simple » et « avantageux » ne veulent pas dire la même chose.
Je l'ai appris à mes dépens. Le régime fiscal par défaut d'une EI, c'est l'impôt sur le revenu au barème progressif. À côté, deux options existent : le régime micro (si votre chiffre d'affaires reste modeste) et l'option pour l'impôt sur les sociétés (l'IS). Chacune a un seuil de bascule, et c'est précisément ce que personne ne vous explique clairement.
Points clés à retenir
- Une entreprise individuelle se crée en ligne, sans capital, mais le choix fiscal se décide souvent dès l'immatriculation.
- Le régime par défaut est l'impôt sur le revenu (IR) ; l'option pour l'IS, elle, transforme votre société en EURL fiscalement.
- Le régime micro-entrepreneur et l'EI « classique » ne sont pas le même dispositif : confondre les deux est l'erreur numéro un.
- Le bénéfice est le seul chiffre qui compte pour arbitrer IR ou IS — pas le chiffre d'affaires.
- Les seuils de franchise de TVA changent régulièrement : vérifiez-les avant de vous engager.
Entreprise individuelle : ce qui rend un régime vraiment avantageux
Une EI, c'est vous, juridiquement. Pas de personne morale, pas d'associés. Vous exercez en nom propre, et depuis la loi de 2022 le patrimoine professionnel est séparé du patrimoine personnel — une protection qui n'existait pas avant. C'est une avancée réelle. Mais la fiscalité, elle, ne s'améliore pas automatiquement.
J'entends souvent « le régime fiscal avantageux, c'est le micro ». Faux, en tout cas pas pour tout le monde. Voici pourquoi.
Trois régimes, pas un seul
Quand on parle d'entreprise individuelle, on mélange en réalité trois choses distinctes :
- La micro-entreprise (dite « micro-entrepreneur »), avec un plafond de chiffre d'affaires et un abattement forfaitaire sur le bénéfice imposable.
- L'EI « classique » au régime réel, avec comptabilité complète et charges déductibles à l'euro près.
- L'EI ayant opté pour l'IS, fiscalement assimilée à une EURL.
Ces trois-là ne se valent pas selon votre métier. Un développeur freelance facture peu de charges et beaucoup de chiffre d'affaires : le forfait micro peut lui convenir. Un artisan qui achète 40 % de sa matière première se fait massacrer par l'abattement forfaitaire, parce qu'il paie des charges qu'on ne lui déduit pas.
Le vrai critère : votre bénéfice, pas votre CA
Je vais être direct : arrêtez de regarder votre chiffre d'affaires. Ce qui décide si un régime est avantageux, c'est le bénéfice — ce qui reste une fois les charges retirées. Et ce qui change tout ensuite, ce sont les cotisations sociales.
En micro, vous cotisez sur le chiffre d'affaires, pas sur ce que vous gagnez. Vous facturez 60 000 €, vous cotisez sur 60 000 € même si vous avez 25 000 € de dépenses. C'est là que ça pique.
IR ou IS : le seuil qui change tout
Le régime par défaut d'une EI, c'est l'impôt sur le revenu. Votre bénéfice s'ajoute à vos autres revenus et suit le barème progressif. Simple, mais pas toujours tendre quand votre activité décolle.
L'option pour l'IS, elle, est un vrai changement de logique. Votre EI devient fiscalement une EURL : l'entreprise paie l'impôt sur son bénéfice à un taux réduit pour les premières tranches, puis au taux normal au-delà. Vous ne payez plus l'impôt sur la totalité de ce que gagne la boîte.
La règle de bascule, en pratique
Voici comment je l'explique autour de moi. Si vous dégagez un bénéfice modéré et que votre foyer a des revenus faibles, l'IR reste imbattable : le barème progressif vous taxe peu, et vous évitez toute la complexité administrative de l'IS.
L'IS devient pertinent quand votre bénéfice grimpe et que votre taux marginal d'imposition à l'IR commence à piquer sérieusement. Là, laisser une partie du résultat dans la structure pour la réinvestir, plutôt que tout remonter chez vous, se défend. Mais attention, il y a un piège.
Le piège, c'est la double imposition des dividendes. Si vous sortez l'argent, il est taxé une fois au niveau de la société, puis une seconde fois chez vous. Beaucoup choisissent l'IS en imaginant une économie miraculeuse, puis se retrouvent coincés avec de l'argent coincé dans une structure qu'ils voulaient garder souple. Je l'ai vu, plusieurs fois.
Un tableau pour y voir clair
| Critère | Régime micro | EI au réel (IR) | EI option IS |
|---|---|---|---|
| Plafond de CA | Oui, plafonds réglementés | Non | Non |
| Charges déduites | Non, abattement forfaitaire | Oui, à l'euro près | Oui |
| Impôt sur le bénéfice | IR, barème | IR, barème | IS |
| Complexité comptable | Faible | Moyenne | Élevée |
| Idéal pour | Peu de charges | Beaucoup de charges | Bénéfice élevé, réinvestissement |
Attention : les plafonds micro et les seuils de franchise de TVA bougent régulièrement. Je ne vous donne pas de chiffre figé ici, parce qu'il serait périmé avant la fin de votre lecture. Vérifiez l'état des seuils au moment où vous vous lancez, sur le site officiel du guichet unique.
Comment créer une entreprise individuelle en ligne
La création elle-même est gratuite et se fait sur le guichet unique des formalités d'entreprises. Pas de frais de greffe pour une EI, pas de statuts à rédiger. Vous déclarez votre activité, vous rattachez votre identité, et vous recevez un numéro SIRET.
Sauf que le formulaire vous demande de choisir des choses que vous ne maîtrisez pas encore. Le régime fiscal, notamment. Selon les cas, vous pouvez opter pour l'IS, mais cette option se fait dans des conditions de délai précises — souvent au moment de la création ou dans une fenêtre après. Rater cette fenêtre, c'est repartir pour une année complète au régime par défaut. J'ai vu un ami découvrir ça trop tard. Six mois à attendre.
L'Urssaf : la déclaration à ne pas rater
Une fois immatriculé, vous voilà rattaché à l'Urssaf pour vos cotisations et à votre caisse de retraite. La fréquence des déclarations dépend de votre régime. En micro, vous déclarez votre chiffre d'affaires en ligne, généralement chaque mois ou chaque trimestre. Au réel, c'est plus lourd : c'est votre comptable (ou vous) qui détermine le résultat.
Le point que personne ne mentionne : si vous ne déclarez rien, l'Urssaf peut calculer d'office des cotisations sur une base estimée. Je l'ai vécu une fois, sur un trimestre oublié. Le montant réclamé était nettement supérieur à ce que je devais réellement. Corriger l'erreur a pris trois semaines et un recommandé.
Les avantages et les inconvénients de l'EI
L'EI a un avantage que beaucoup sous-estiment : la souplesse. Pas d'associés, pas d'assemblée générale, pas de capital à bloquer. Vous décidez, vous exécutez. Pour tester une idée, c'est imbattable.
Les inconvénients, eux, sont réels :
- Cotisations sociales élevées, calculées de façon parfois défavorable selon le régime choisi.
- Impossible de déduire un salaire au sens strict — la rémunération est le bénéfice.
- Certaines activités ou partenaires exigent une structure juridique différente (société, SAS…).
- La revente de l'activité est plus compliquée qu'avec une société dotée de parts.
Rien de rédhibitoire si vous démarrez petit. Tout devient un problème si vous visez la croissance et que vous restez en EI par confort.
Questions fréquentes
Entreprise individuelle régime réel simplifié, c'est quoi ?
Le réel simplifié, c'est un régime d'imposition disponible pour une entreprise individuelle qui dépasse les seuils du micro mais reste sous certains plafonds. Vous tenez une comptabilité de trésorerie, vous déclarez votre résultat à l'administration fiscale, et vos charges réelles sont déduites. C'est le régime des indépendants qui ont des coûts à assumer et à qui l'abattement forfaitaire du micro ne suffit plus.
Entreprise individuelle : IR ou IS, que choisir ?
Il n'y a pas de réponse universelle, mais il y a des repères. Si votre bénéfice est modeste et que votre foyer est peu taxé, restez à l'IR. Si votre bénéfice devient significatif et que vous voulez réinvestir plutôt que tout remonter chez vous, l'option IS mérite le calcul. Le bon réflexe : simuler les deux avant de trancher, jamais après.
Peut-on créer une entreprise individuelle en ligne gratuitement ?
Oui. La création se fait gratuitement via le guichet unique officiel des formalités d'entreprises. Méfiez-vous des services qui vous facturent l'opération : l'inscription elle-même est gratuite, seuls certains accompagnements (comptable, avocat) sont payants. Un site qui vous demande de payer pour « enregistrer » votre EI au registre, c'est une prestation, pas une obligation légale.
Mon conseil le plus honnête
Si je devais résumer tout ça en une phrase que je répète à chaque débutant : ne choisissez pas votre régime fiscal pour la simplicité du formulaire, choisissez-le pour le chiffre qui va rester sur votre compte à la fin de l'année.
Le régime par défaut, l'IR, est rarement une catastrophe. Le micro est parfait pour tester. L'IS est un outil puissant mais qui enferme votre argent. Et cette histoire de « régime fiscal avantageux » qu'on vous vend partout ? Elle n'existe qu'au regard de votre situation, jamais dans l'absolu.
La prochaine fois qu'un formulaire vous demandera de cocher une case fiscale, prenez une heure pour simuler. Une heure. C'est le meilleur retour sur investissement de votre première semaine d'entrepreneur.